Une agence qui gère 400 lots fait, en rythme de croisière, entre 40 et 60 états des lieux par mois : autant d'entrées que de sorties, concentrées en fin de mois et en été. Chaque état des lieux de sortie mal fait coûte soit une retenue perdue, soit une heure de litige avec le locataire, soit un propriétaire mécontent qui change de mandataire. Cet article décrit comment les agences qui tiennent ce volume s'organisent : qui réalise l'EDL, ce qu'il coûte réellement, comment le standardiser, et ce qui doit se passer entre la remise des clés et le trentième jour.
Le coût réel d'un état des lieux
Le coût visible est le temps de visite : 45 minutes à 1 h 30 pour un deux-pièces selon le niveau de détail, plus le déplacement. Le coût invisible est ailleurs :
- La rédaction et l'envoi du document : saisie, photos à trier, PDF à assembler, envoi au locataire et au propriétaire. Sur papier, c'est souvent une heure supplémentaire au bureau.
- Le litige : chaque retenue contestée coûte des échanges, un passage éventuel en commission départementale de conciliation et parfois un remboursement avec la majoration de 10 % du loyer mensuel par mois de retard prévue à l'article 22 de la loi n° 89-462.
- Le propriétaire : une dégradation non retenue faute de preuve est une facture que le bailleur assume, et il le reproche à son agence.
Côté recettes, les honoraires d'état des lieux facturés au locataire sont plafonnés : l'article 5 de la loi de 1989 (issu de la loi ALUR) prévoit que le montant imputé au locataire ne peut excéder celui imputé au bailleur ni dépasser un plafond fixé par le décret n° 2014-890, soit 3 € TTC par mètre carré de surface habitable. Pour un 50 m², la part locataire est donc au plus de 150 €. Les honoraires de visite, de constitution du dossier et de rédaction du bail sont plafonnés séparément (12, 10 ou 8 €/m² selon la zone). Ce plafond ne couvre que l'état des lieux d'entrée réalisé par le professionnel : l'état des lieux de sortie n'est pas facturable au locataire.
Le modèle économique d'une agence sur l'EDL est donc simple : la marge ne vient pas de la facturation, elle vient du temps économisé et des litiges évités.
Qui fait l'état des lieux : trois options
Le gestionnaire ou un collaborateur de l'agence
C'est l'option la plus courante. Avantage : la connaissance du bien et du dossier, la relation avec le propriétaire. Inconvénient : le temps d'un gestionnaire est cher et son planning est saturé en fin de mois. Pour tenir 50 EDL par mois, une agence a besoin soit d'un collaborateur dédié aux états des lieux, soit d'un outil qui ramène la rédaction à zéro.
Un prestataire d'états des lieux
Des sociétés spécialisées réalisent l'EDL pour le compte de l'agence, souvent à un tarif forfaitaire par visite. Avantage : lissage des pics. Inconvénient : la qualité dépend du prestataire, et l'agence reste responsable vis-à-vis du bailleur. Exigez un format compatible avec vos propres états des lieux (même ordre de visite, mêmes rubriques) pour que le comparatif de sortie soit possible.
Le commissaire de justice (ex-huissier)
L'article 3-2 de la loi de 1989 prévoit qu'à défaut d'état des lieux amiable, il est établi par un commissaire de justice, à l'initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié entre bailleur et locataire, selon un tarif réglementé par le Code de commerce qui varie avec la surface du logement (hors frais de déplacement et de convocation). C'est la solution pour les sorties conflictuelles ou les locataires absents, pas une organisation de routine : notre article sur l'état des lieux contradictoire en cas d'absence ou de refus détaille la procédure et les délais de convocation.
Standardiser : l'ordre de visite, les descriptions, les photos
Le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 impose un contenu minimum (type d'état des lieux, date, parties, relevés de compteurs, clés, et pour chaque pièce la description précise des revêtements, équipements et éléments). Mais la conformité ne suffit pas : pour comparer 50 sorties par mois avec 50 entrées faites deux ou trois ans plus tôt par un autre collaborateur, l'agence doit imposer un standard interne.
- Un ordre de visite unique : entrée, pièce de vie, cuisine, chambres, salle d'eau, WC, annexes ; dans chaque pièce, sol, murs, plafond, menuiseries, électricité, équipements. Le même ordre à l'entrée et à la sortie.
- Un vocabulaire fermé pour l'état : neuf, bon état, état d'usage, mauvais état, hors service, complété par une description libre obligatoire dès qu'on quitte « bon état ».
- Des photos systématiques, horodatées, sous les mêmes angles : une photo d'ensemble par mur, une par équipement, un zoom par défaut constaté. Une photo non rattachée au document signé n'a qu'une valeur probante faible.
- Les relevés de compteurs et la liste des clés sur une page dédiée, avec photo du cadran et des trousseaux.
- La signature des deux parties le jour même, et la remise immédiate du document. Le locataire dispose ensuite de dix jours pour demander un complément (art. 3-2).
Ce standard se décline dans un modèle d'état des lieux papier ou dans un outil numérique. L'important est qu'il soit identique pour tous les collaborateurs et tous les prestataires.
La sortie : comparatif, chiffrage, décompte avant J+30
C'est à la sortie que l'agence gagne ou perd la confiance du propriétaire. La séquence qui fonctionne :
- J0, remise des clés : état des lieux de sortie dans le même ordre que l'entrée, avec le document d'entrée sous les yeux. Chaque écart est décrit et photographié. Le locataire signe ; s'il refuse, le constat est dressé et la voie du commissaire de justice est ouverte.
- J0 à J+3, chiffrage : pour chaque écart, qualifier (réparation locative, dégradation, vétusté), puis chiffrer sur devis ou facture, vétusté déduite selon la grille annexée au bail ou, à défaut, un abattement motivé. Notre grille de vétusté 2026 donne des exemples.
- J+3 à J+15, validation propriétaire : le mandataire propose la retenue au bailleur, avec les pièces. Le mandat de gestion précise en général le seuil au-delà duquel l'accord du mandant est requis.
- Avant J+30 (ou J+60 si l'état des lieux de sortie n'est pas conforme à l'entrée) : envoi du décompte au locataire avec restitution du solde. Le délai de l'article 22 court à compter de la remise des clés. Un décompte en retard, c'est 10 % du loyer mensuel hors charges par mois commencé, quelle que soit la qualité de la retenue.
Le décompte liste chaque poste, son justificatif, la vétusté appliquée et le montant retenu. Les justificatifs qui tiennent et ceux qui tombent sont détaillés dans notre article dédié. Un locataire qui reçoit ce dossier conteste rarement ; un propriétaire qui le reçoit en copie renouvelle son mandat.
Les indicateurs à suivre
Une agence qui pilote ses états des lieux suit cinq chiffres, par mois et par gestionnaire :
- Délai moyen de remise du document signé au locataire : objectif le jour même.
- Délai moyen d'envoi du décompte après remise des clés : objectif inférieur à 30 jours dans 100 % des cas.
- Taux de sorties avec retenue et montant moyen retenu : un taux très bas peut signifier des dégradations non facturées, un taux très élevé des retenues fragiles.
- Taux de contestation (courrier, CDC, tribunal) et taux de retenues maintenues après contestation.
- Nombre d'états des lieux réalisés par collaborateur et temps moyen par visite.
Ces indicateurs sont impossibles à produire à partir de PDF épars. Ils supposent que chaque EDL soit saisi dans un système qui conserve la date de signature, la date d'envoi du décompte et le montant retenu.
Les outils
Trois familles coexistent dans les agences :
- Le papier et le traitement de texte : coût nul, mais rédaction longue, photos séparées du document, comparatif manuel et aucun indicateur.
- Le logiciel de gestion locative avec module EDL : intégration au dossier du lot, mais module souvent sommaire (cases à cocher, photos limitées, pas de comparatif).
- L'application d'état des lieux dédiée : EDL guidé sur smartphone, photos horodatées intégrées, signature sur place, comparatif entrée/sortie, export PDF vers le logiciel de gestion.
Findomi Pro appartient à la troisième famille : état des lieux guidé élément par élément, photos horodatées, PDF signé envoyé aux deux parties le jour même, comparatif entrée/sortie automatique et retenue calculée avec la vétusté. Le premier bien est gratuit, ce qui permet de tester le standard sur un lot avant de l'étendre au portefeuille. Les détails pour les agences sont sur la page agence ; si vous intervenez sur plusieurs villes, nos pages locales (état des lieux à Lyon, état des lieux à Paris, état des lieux à Marseille) reprennent les spécificités de chaque marché.
FAQ
Une agence peut-elle facturer l'état des lieux de sortie au locataire ?
Non. Le plafond de 3 €/m² de l'article 5 de la loi de 1989 et du décret 2014-890 concerne l'état des lieux d'entrée réalisé par un professionnel mandaté. L'état des lieux de sortie ne peut donner lieu à aucuns honoraires à la charge du locataire.
Qui paie le commissaire de justice si le locataire ne vient pas à la sortie ?
En cas d'état des lieux établi par commissaire de justice faute d'accord amiable, les frais sont partagés par moitié entre bailleur et locataire (art. 3-2). Si le bailleur impose le commissaire alors que le locataire acceptait un état des lieux amiable, il en supporte seul le coût.
Faut-il refaire un état des lieux d'entrée quand l'agence reprend un mandat ?
Non, l'état des lieux d'entrée existant reste la référence. Mais il faut le récupérer, le relire et, s'il est sommaire, prévenir le propriétaire que les retenues à la sortie seront difficiles à justifier. Un état des lieux intermédiaire contradictoire peut être proposé au locataire, sans obligation pour lui de l'accepter.
Combien de temps conserver les états des lieux ?
Au moins trois ans après la fin du bail, durée de prescription des actions dérivant du bail (art. 7-1). En pratique, conservez-les pendant toute la durée du mandat et trois ans au-delà.
Article informatif, ne constitue pas un conseil juridique. Textes cités : loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (art. 3-2, 5, 7, 7-1, 22), décret n° 2014-890 du 1er août 2014, décret n° 2016-382 du 30 mars 2016.